Troisième extrait de l’Apocalypse de Jonathan

 » Je mets de la musique, et bientôt le son qui vibre en moi et le long de la membrane des murs me soulève, fait jaillir mes sens. L’alchimie entre la technologie et l’acoustique, la frénésie et l’accalmie, je m’écoute. J’éteins les lumières. Je me sens bien. Parmi les ombres, je deviens enfin pur, plus de corps ni de fluides, de dégradation, de saletés ni d’écoulements, l’esprit est sauf. Je me sens respirer. Je me pelotonne dans la pénombre, un sarcophage tiède d’obscurité amie. Je suis vivant et à l’abri du monde qui tape contre la fenêtre. Il veut que je quitte la lune. C’est ce qu’ils veulent tous. Je me ressers un whisky. Une à une fanent mes inhibitions pour un autre état de conscience, alerte et accompli. Je m’allonge sur le carrelage de la cuisine. Le noir et le froid. Tout s’immobilise, je perçois la tessiture de mon nid, chaque atome, l’essentiel. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, à écouter mes pulsations, à courir après ma vie fœtale, à imaginer l’état de mort parfaite. Personne ne sait ce que je fais, je suis libre, enfin. Tout est calme, la musique me parvient de loin. Un instant mon univers me paraît gigantesque grâce à tous les cœurs battant à l’unisson dans la nuit. Je me dis que l’art, c’est d’avoir une vision personnelle. Un œil, là, tout à l’intérieur. La virtuosité de la pensée que traduit le corps. Être artiste, c’est être honnête. Il peut y avoir tant de paix, tant de sérénité… Je suis un artiste.

Mentir. « 

Samuel Dock

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