Interview LCI : « Parents, pour les vacances, un psy vous a sélectionné 5 dessins animés « intelligents » à montrer à votre enfant »

Merci à Romain Le Vern. L’article original est ici.

CHRISTMAS MOVIE – A l’approche des fêtes de Noel, rien de tel qu’un bon film à regarder en famille. Histoire de prouver à vos progénitures que le cinéma ne se résume pas à « La Reine des neiges », voici cinq longs métrages conseillés par un psy, à découvrir avec vos enfants.

« Diantre, quel film montrer aux enfants pendant les fêtes ? » C’est la question récurrente que se posent tous les parents en ces périodes de fêtes. Et comme vous n’avez pas envie de céder aux classiques des classiques comme La reine des neiges (parce qu’en vrai, libérée délivrée, on n’en peut plus), vous avez décidé que « le changement, c’était maintenant ».

Alors, nous avons demandé au psychologue Samuel Dock cinq films à montrer aux enfants pendant les fêtes pour « délivrer » les parents permettant de développer leur imaginaire et de les niveler par le haut. Des longs métrages, connus ou pas assez, que le psy conseille de regarder « aux côtés de son enfant pour lui permettre de construire un récit affectif autour de celui-ci et de répondre aux questions qu’il peut se poser ».

 

« Le voyage de Chihiro » (Hayao Miyazaki, 2001)

 

De quoi ça parle ? La petite Chihiro accompagne ses parents dans une promenade sylvestre qui doit les conduire vers leur nouvelle maison en banlieue. Alors qu’elle prend un raccourci à travers un tunnel peu emprunté, la petite famille se retrouve soudain en territoire inconnu.

L’œil du psy : « S’il fallait qu’il n’y en ait qu’un seul, ce serait celui-ci ! Un récit initiatique très particulier puisque c’est dans « le monde des esprits » que l’héroïne découvrira toutes les ressources dont elle dispose pour sauver ses parents du maléfice que leur a lancé une sorcière. Le film, d’une très grande richesse symbolique, vient interroger des émotions subtiles, parfois sans même qu’elles soient exprimées ni même mises en scène, mais à travers la présentation d’atmosphère, de paysages qui mobiliseront pleinement l’empathie et la vie imaginaire du spectateur, surtout si c’est un enfant. La scène du train, entre inquiétante étrangeté et onirisme, figure elle-même une transition délicate mais puissante a l’âge adulte. Du génie, tout simplement. »

« Mon voisin Totoro » (Hayao Miyazaki, 1998)

 

De quoi ça parle ? Deux petites filles, Mei, 4 ans, et Satsuki, 10 ans, s’installent dans une grande maison à la campagne avec leur père pour se rapprocher de l’hôpital où séjourne leur mère. Elles découvrent la nature tout autour de la maison et, surtout, l’existence de créatures merveilleuses, les Totoros !

L’œil du psy : « Un autre film de Miyazaki, mais pour les plus petits. Il y a des créatures semblables à des grosses peluches mais pas question de prendre les enfants pour des imbéciles. Les deux héroïnes ont leur maman à l’hôpital pour une maladie dont nous ne connaîtrons que le caractère sérieux et un papa qui n’est pas franchement disponible. Elles trouveront l’une auprès de l’autre un soutien et un partage qui les introduira à une vie imaginaire tout aussi importante que la réalité  : « C’était un rêve mais c’était vrai tout de même » dit l’une d’elle après avoir fait pousser un arbre géant en levant les bras au ciel avec les Totoros. Soit un film qui aborde des thématiques douloureuses avec une grande douceur. »

 

« Vice Versa » (Pete Docter & Ronaldo Del Carmen, 2015)

 

De quoi ça parle ? Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs…

L’œil du psy : « Ce film Pixar est un bijou d’intelligence ! A quoi ressemblent nos émotions, à quoi servent-elles ? En suivant les aventures de Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût, l’enfant est invité à se questionner sur l’utilité de ses affects même les plus déplaisants, et à se les représenter. En toile de fond une problématique importante est traitée, la transition de l’enfance à l’adolescence avec ce que cela implique de changer d’amis et de centre d’intérêts, voir disparaître son ami imaginaire, découvrir que les parents ne sont pas toujours parfaits… Incontournable. »

 

« Le Roi Lion » (Rob Minkoff & Roger Allers, 1994)

 

De quoi ça parle ? Dans la savane africaine, tous les animaux de la Terre des Lions se sont réunis pour célébrer la naissance du prince Simba, fils du roi Mufasa et de la reine Sarabi. Tous, sauf Scar, frère cadet de Mufasa, pour qui la naissance de cet héritier anéantit tous ses espoirs d’accéder un jour au pouvoir. Avec la collaboration des hyènes, Scar imagine plusieurs plans diaboliques pour anéantir son frère et son neveu. Malgré un premier échec, il parvient à éliminer Mufasa et persuade Simba qu’il est responsable de la mort de son père pour le contraindre à s’enfuir…

L’œil du psy : « Pas facile de parler de la mort et des processus de transmission avec un enfant ! Si ce film de Disney a marqué toute une génération, c’est parce que la mort de Mufasa – prise dans une chaîne inter-générationnelle ancienne que continuera le héros – mettait en scène de façon explicite ce sujet, souvent tabou chez l’enfant. Et bien sûr, comment passer à côté de la thématique œdipienne ? On ne peut devenir soi qu’à la condition d’avoir lié à son être, puis dépassé, une figure parentale assez sécurisante mais pas trop… »

 

« Coraline » (Henry Selick, 2009)

 

De quoi ça parle ? Comme ses parents sont complètement absorbés par la rédaction d’un catalogue de jardinage, la petite Coraline part seule à la découverte de la maison où ils viennent d’emménager. Elle découvre une petite porte qui mène à un monde qui ressemble étrangement au sien, mais en mieux.

L’œil du psy (conseillé à partir de 9-10 ans) : « Je comprends que ce choix puisse surprendre en raison de l’aspect très sombre de ce film d’animation et pourtant, quelle richesse ! Représentation archaïque de la « mauvaise mère », deuil du parent tout puissant, résilience, ambivalences œdipiennes, position dépressive, l’air de rien ce film métaphorise comme seul un véritable conte de fée sait le faire de nombreux contenus psychiques permettant au spectateur d’élaborer dans toute une vie affective et imaginaire certains contenus psychiques qu’il ne serait pas possible de réfléchir « consciemment ». Voir symboliser des mouvances pulsionnelles les rends plus familières, moins inquiétantes. »

 

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