Unidivers. Punchlines, des ados chez le psy : une compilation mordante

L’article est disponible ici. Merci à Christophe Maris.

Samuel Dock, psychologue, aime surprendre ses lecteurs. Une fois de plus, c’est plutôt réussi… Avec Punchlines des ados chez le psy, le jeune trentenaire parfois adulescent propose deux cents pages d’instantanés, de petites anecdotes qui forment son quotidien de thérapeute auprès d’adolescents, de réflexions entre le patient et leur accompagnant. Et cela ne manque ni de sel ni d’humour !

Il est de bon ton pour certains adultes, qui ont oublié la période complexe de l’adolescence – transition entre le monde de l’enfance et le monde « dit adulte » -, le temps des questions quant à l’existence, quant au quotidien, quant aux relations avec les parents, les référents que l’on se choisit ou que l’on choisit pour vous, quant à la quête d’identité, de noter que c’est un passage pénible, que les ados sont souvent en révolte, sont insupportables tellement troublés par leurs hormones, par leur inclination à affirmer leur caractère… N’entend-on pas des expressions telles que : « tuer le père », « devenir adulte », « j’ai le droit », et j’en passe.

En rafale comme la punchline : la période de transformation du corps, des premières amours, l’obsession de ne pas prendre de poids sinon de dessiner ses muscles, la surveillance accrue de l’apparition des premières formes pour les filles, les poussées d’acné qui défigurent quelquefois, les érections incontrôlées, les moments intimes de découverte du fonctionnement de son propre corps, l’appréhension de plaire ou de déplaire à l’autre sexe, les moqueries pour ne pas dire les vacheries de son propre sexe, la question du genre, des genres, l’acceptation de l’autorité parentale que l’on combat pourtant.

Tout y passe dans ces quelque cent tableaux réalisés par l’auteur au fil de ses séances d’écoute auprès des jeunes. Les adultes qui veulent gommer d’un trait ce passage nourrissent lâchement des mots durs à l’endroit de leur propre progéniture : il ou elle doit entrer dans le cadre défini et s’y tenir tout comme l’École qui n’aime pas que les ados sortent le cadre défini par des textes souvent aux antipodes du temps présent. (c’est pourtant un des hauts lieux où l’on se doit de les aider à développer leur libre arbitre).

Samuel Dock, par l’espace de dialogue sans jugement hâtif, qu’il réserve, entre les murs de son cabinet, à l’hôpital, réussit à laisser s’exprimer ces ados qui ne manquent souvent pas d’à propos, de réflexions nourries, de questionnements ô combien intéressants et qui nous renvoient à nos propres interrogations passées et parfois non résolues. Avec un humour décapant, ce qui ne n’est pas pour déplaire. Les jeunes qu’il observe, dont il rapporte avec une sincérité franche les expressions, le vocabulaire aux teintes multiples, nous livrent ce qu’ils sont. On leur doit un respect profond, car les jeunes gens ne manquent pas de bon sens, d’humanité, de force, de vérité, tout ce qui forme et formera leur propre caractère, leur propre identité. Et quand on entend que la jeunesse d’hier était plus aboutie que celle d’aujourd’hui, on se pince pour ne pas pleurer, on grogne pour ne pas hurler que ce n’était pas nécessairement mieux avant. Au temps venu de la génération Y et demain la génération Z, les futurs adultes sont souvent plus matures qu’on ne le croie, en phase ou en rébellion avec une société rapide, numérique, qui ne tolère pas l’échec, le manque de performances, le besoin de prendre son temps pour apprendre à grandir encore un peu.

Punchlines, ce sont ces petites phrases-choc, ces petites réactions qui font mouche quand elles ne laissent pas souriant; ce sont des réflexions auxquelles nous devons porter intérêt et bienveillance, car les jeunes savent faire preuve de discernement et de prise de conscience avec leurs maux et leurs mots à eux.

C’est « frais », comme disent nos ados. C’est beau et vivifiant. C’est vivant et c’est heureux ! Et c’est tellement juste !

 

Publicités

Les commentaires sont fermés.