Critique du « NVC » par Christophe Maris, La Ville en Rose.

L’article original est ici

Après Le nouveau choc des générations (2015), livre dans lequel, Marie-France Castarède et Samuel Dock, nous avaient exposé avec brio, clarté et simplicité – qui tranchait avec tous les poncifs que l’on attribue souvent au langage complexe des psychanalystes et psychologues -, leur réflexion sur la difficulté des relations intergénérationnelles, transgénérationnelles, le duo de choc, qui ne fait jamais l’impasse tant sur le sérieux que l’humour, nous revient avec Le nouveau malaise dans la civilisation.

Cette fois, à travers de grandes thématiques, les fondamentalismes religieux, l’écologie, la transition énergétique, les addictions technologiques, l’abandon du spirituel, l’aliénation des médias, les fractures politiques et l’art, ils dressent un constat de notre société – que l’on s’inscrive jeune ou moins jeune voire senior – qui avance ses espoirs, ses attentes, ses difficultés à s’identifier, se reconnaître, se connaître, trouver sa place dans un monde en perpétuelle mutation (et non stagnation ou régression comme le clament d’aucuns populistes). Par petites touches, par petites joutes, ils décortiquent – dans un dialogue croustillant et épicé – nos forces comme nos faiblesses. Si la société semble peiner à mettre du sens dans le quotidien et se projeter dans un avenir serein, tout demeure possible.
Marie-France Castarède et Samuel Dock refusent l’antienne : c’était mieux avant ! Non ce n’était pas nécessairement mieux avant, c’était différent. Ils pointent chacun son tour ce qui permettait de se repérer tout autant que ce qui perdait les individus comme ils s’y appliquent au présent. Et ne craignent pas le futur, loin de là, même s’ils l’abordent avec prudence. Il y a toujours eu des remises en question ; il y aura toujours des remises en question, sans quoi nous perdrions tout sens commun, toute propension à progresser, à nous améliorer.

En outre, les deux « compères » s’appliquent avec sérieux (sans jamais se prendre au sérieux), à grand renfort d’anecdotes issues de leur expérience, à nous démontrer qu’il n’existe aucune fatalité même s’ils mettent en perspective toutes les dérives faciles vers lesquelles glissent certains esprits, dénoncent avec franchise et précision les chants de sirènes venimeuses qui guettent et embarquent les plus fragiles. Et de constater combien cette génération – si peu sûre des lendemains – cède souvent, trop souvent, aux artifices, à la superficialité, sans prendre le temps de l’analyse, de la réflexion… Ce qui aboutit à une société narcissique, dépressive, hébétée.

Dans le même temps, ils se montrent encourageants et positifs. Les avancées technologiques, les recherches scientifiques, le questionnement autour des thématiques religieuses et spirituelles et l’intérêt pour de nouvelles formes d’art, servent autant l’esprit que le pragmatisme inhérent au quotidien. De nouvelles formes d’existence s’envisagent, de nouveaux modes de communication vont permettre de mettre en relation des individus de plus en plus nombreux sur une planète essoufflée. À nous de trouver des solutions, à nous de nous organiser dans un systèmes globalisé, à nous de travailler à plus d’équilibre entre les peuples, à nous de remettre l’humain au centre de tout système socio-économique, géopolitique, à nous d’apprendre sur le sens de notre passage sur cette Terre accueillante pour certains, plus rugueuse pour d’autres. À nous finalement de trouver la voie d’une certaine sagesse, une pensée modérée et progressiste qui appartient à chacun mais qui sert l’ensemble de la communauté.

C’est heureux de prendre ce temps, offert par ces deux auteurs, ces deux acteurs, un espace où l’on peut se poser sur le divan avec eux pour comprendre notre civilisation et trouver quelques clés pour se régénérer et aller de l’avant. C’est heureux de se rappeler que nous ne sommes pas seuls au quotidien mais que chacun de nos actes peut être une pierre à l’édifice de toute société.

Le nouveau malaise dans la civilisation de Marie-France Castarède et Samuel Dock– Éditions Plon – Parution : février 2017 – Couverture © DR – 380 pages – Prix : 19,90 €

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