L’Est Républicain : Le monde sur un divan

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Elle fut professeure de psychopathologie à l’université de Franche-Comté et psychanalyste. Il est psychologue clinicien, écrivain et originaire de Besançon. Marie-France Castarède et Samuel Dock récidivent dans l’écriture d’un livre à deux mains. Après « Le nouveau choc des générations », voilà « Le nouveau malaise de la civilisation » aux éditions Plon.

La méthode est la même. Les deux psys s’emparent d’un livre monument et le réactualisent à l’aune de la société contemporaine. « Le malaise dans la civilisation » de Freud se retrouve ainsi plongé dans la réalité sociétale de 2017. Pour le fondateur de la psychanalyse, le contrat civilisationnel proposait à l’individu de refouler ses pulsions au profit de l’organisation de la société et en échange de sa protection. « Aujourd’hui, il n’est plus question de refoulement mais du droit à jouir pour tous », témoigne Samuel Dock. La société est devenue société de consommation, mais pas seulement pour satisfaire les besoins. L’hédonisme consumériste est devenu survie pour l’homme contemporain devenu Narcisse. « Pour pallier le sentiment d’angoisse permanente, l’individu contrebalance avec une consommation d’objets, d’expériences, de corps aussi, pour essayer d’esquiver. »
La stratégie est vouée à l’échec quand, dans le même temps, la société est devenue d’une extrême violence. Violence des pauvres, violence des riches : Marie-France Castarède et Samuel Dock dressent une liste sans tabou. « La société n’est plus dans le langage, dans la pensée… L’agressivité ressort, les passages à l’acte se multiplient. » Pourquoi ? Parce que ceux qui, dans la société, sont écartés, veulent leur part du gâteau. Ils ont la haine des autres, n’ont pas eu les clés pour soigner la haine d’eux-mêmes. Alors, ils frappent.

DJIHADISTES, HARCELEURS

Parmi les passages à l’acte, il y a ceux, terrible, de cette jeunesse qui se radicalise et est captée par l’islamisme. L’ouvrage s’ouvre d’ailleurs sur la question.
« Nous sommes tous deux cliniciens. Dans nos cabinets, nous voyons toute cette jeunesse qui passe à l’acte. Il y a ceux qui entrent dans le djihad, il y en a tant d’autres. Je pense à tous ces harceleurs qui, dans les collèges, poussent des jeunes au suicide. » Le constat est sombre et évoque une « brèche d’extinction de la civilisation ». Alors quelles solutions ? Marie-France Castarède et Samuel Dock proposent de penser autrement cette crise qui nous traverse. « Tout le monde doit réfléchir. Les cliniciens, les politiques, les décideurs. Revenons aux attentats, on voit bien que les centres de déradicalisation ne fonctionnent pas. Il faut avoir une autre lecture, de nouvelles manières d’interpréter cette crise du sens. Il faut travailler au retour de la pensée, du langage. »

RAPPORT À L’ALTÉRITÉ

La remise en question concerne aussi les cliniciens. « Ils sont actuellement hors-sol. » Les deux auteurs ont choisi la forme du dialogue pour leur nouvel opus et, du coup, ils dessinent métaphoriquement une solution. Elle est septuagénaire, il est trentenaire. Elle est femme, il est homme. Elle est bourgeoise, lui issu d’un milieu extrêmement modeste. « Nous sommes deux opposés qui, par principe, ne peuvent pas s’entendre. Mais notre dialogue, le langage, nous a forcés à repenser notre rapport à l’altérité. On peut se réconcilier avec l’autre tout en acceptant notre propre part d’abjection. »
Se réconcilier avec l’autre. Se réconcilier avec soi pour faire renaître la civilisation, le chantier est vaste. Dans « Le malaise de la civilisation », Freud parlait des piliers, la nature, la religion, la science, l’art. Ces « sédatifs » sont toujours là, malmenés par l’absence de pensée. Avec leur livre, Marie-France Castarède et Samuel Dock font un état des lieux. Oui, la pensée peut faire changer les lignes en matière d’écologie, de nouvelles spiritualités, de l’omnipuissance de la technologie et des transmutations de l’art. Plus qu’un pari, un enjeu de civilisation.

Le nouveau malaise dans la civilisation, Marie-France Castarède et Samuel Dock, aux éditions Plon. Prix : 19,90 € ; les deux auteurs proposeront une dédicace – petit-déjeuner à la librairie L’Intranquille de Besançon, le 29 avril de 10 h 30 à 12 h

Eric Daviatte

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