Le nouveau choc des générations, note de lecture de Georges Leroy

La première partie du livre se concentre sur le thème du corps et notamment le rapport du bébé d’abord au corps de sa mère puis à son propre corps. C’est à ce sujet très étonnant de voir théorisé ainsi sur le papier des choses qu’on fait (ou qu’on ne fait pas), en tant que parents, de façon totalement instinctive, sans d’ailleurs y être préparé d’une quelconque manière.

Le rapport à l’image est essentiel et ce quelle que soit la génération concernée. Ce rapport a largement évolué dans la mesure où l’image permettait aux générations précédentes de rêver en les oralisant et que la génération actuelle a perdu cette faculté de transcrire les images par le langage. La surabondance des images provoque un affaiblissement de la psyché des individus.

Le rapport au temps est une notion fondamentale qui fait défaut à la génération actuelle. Le culte de l’instantanéité, qui se manifeste entre autres mais pas exclusivement à travers le caractère éphémère des réseaux sociaux ou le traitement de l’image survitaminée et suraccélérée dans les productions cinématographiques modernes qui ne laisse plus le temps de saisir ni l’intrigue ni ses implications, a provoqué la perte des repères temporels : seul le présent existe encore, le passé n’existe déjà plus et le futur existe déjà. C’est un référentiel de plus qui s’estompe.

L’ordre symbolique est ce qui nous permet de dépasser une perte. En l’absence d’ordre symbolique, la perte ne peut plus être objectivée et devient une menace. Cela se répercute jusque dans la plus symbolique et symptomatique des pertes : la mort. Si on se révèle inadapté à gérer et à appréhender le présent et sa propre vie, on ne saura pas mieux gérer son rapport au futur et à sa propre mort (ou à celle d’autrui) : faire son deuil devient impossible, dans la mort comme d’ailleurs dans la rupture amoureuse (et Éros et Thanatos se rejoignent une fois de plus).

Parmi les interrogations qui demeurent reste celle de la définition de la génération. Les auteurs n’en livrent pas vraiment une. Chaque problématique appelle à une discussion, à un débat pour une fois constructif. Le duo est efficace et ne perd pas de vue l’objectif. Les analyses complètes sont très accessibles, les auteurs savent se faire pédagogues.

Georges Leroy.

L’article original est disponible ici 

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