La ville en rose : chronique du choc

Et une de plus… J’ai pris un plaisir infini à me plonger dans cet essai totalement remarquable, tellement vrai et pertinent. A recommander !

Voilà ce qu’écrivait cette semaine Christophe dans le petit mail habituel accompagnant sa chronique… Eh bien ça fait plaisir !

En 1969, l’anthropologue américaine Margareth Mead publiait Le fossé des générations. Elle y faisait état du profond bouleversement provoqué par l’explosion technologique et décrivait le renversement des modalités d’appréhension du monde et des transmissions socioculturelles. Par-dessus tout, elle insistait sur la nécessité de rétablir le dialogue entre les générations passées et présentes. Que reste-t-il, plus de trente ans plus tard, de son message, quand la fracture séparant les âges n’a jamais semblé si profondes ?

C’est un peu étrange et je grimace. Au moment même où je referme cet essai savoureux, onctueux – un régal pour un aficionado de la lexicologie comme de la linguistique – de Marie-France Castarède et Samuel Dock (psychologues cliniciens tous deux mais avec quatre décades de différence d’âge), les médias nous apprennent qu’une femme de 65 ans est enceinte de quadruplés, ce qui portera ses enfants au nombre de dix-sept en tout. Vu sous certains angles, des problématiques échangées et analysées dans Le nouveau choc des générations participe là de tout son intérêt. Est-ce que les enfants n’ont pas droit à leur naissance à des parents plutôt qu’à des grands-parents ? Que révèle une grossesse à l’âge où l’on devrait être une mamie prête à gâter ses petits-enfants plutôt que donner ce qui lui reste de son sein ?

Car la question des générations n’a jamais été aussi présente et pertinente qu’actuellement… Car l’idée même du «Vivre ensemble» que l’on veut défendre de-ci de-là en respectant chacun dans son entité propre, dans ses différences est bien loin de s’annoncer comme une évidence malgré les bons sentiments, les bonnes volontés d’esprits éclairés. Elle est pourtant passionnante cette question des générations et des chocs apparents qu’elle produit : la notion de famille a quelque peu volé en éclats, elle qui semblait comme un ciment incontournable qui assurait la sécurité de la transmission. Qu’en reste-t-il globalement ? Souvent des lambeaux quand on veut bien s’y intéresser. Mais n’en faisons pas une généralité, ce serait par trop facile et deviendrait non sens.

La génération de nos parents (les enfants du baby boom), la génération des 20-30 ans qu’on appelle Y ne semblent plus trop se rencontrer, communiquer, se comprendre et partager réellement. Pourquoi ? Peut-être parce qu’on se laisse dépasser par le temps, par tout un monde d’artifices qui nous emmènent ailleurs, faussement revendicateur de bonheur : un leurre à mon sens. De la génération Y viendraient tous les maux, toutes les incompréhensions, tous les malaises d’une société postmoderne. De la génération Y a éclos surtout une angoisse profonde qui se doit de réinventer des valeurs nouvelles et qui ne sait pas toujours comment s’y prendre… Et les technologies à leur portée (forums, sites de rencontres, ordinateurs, smartphone, tchats… Facebook, Twitter, Instagram) ont beau prétendre que la communication à outrance permet de résoudre nombre de questions, notamment existentielles, il n’en est rien. On reste en surface, on zappe, on passe… Mais jamais au grand jamais on creuse les vraies questions philosophiques. Que fais-je ici ? Comment suis-je arriver là ? Quel sens je donne à ma présence ? Quel est mon projet de vie ? À l’ère du tout numérique ou presque, la génération Y est plus seule que jamais et s’enfonce dans un paraître qui dépasse tout entendement, l’image toujours l’image, la perfection jusqu’à sa propre perte ; pendant ce temps les générations d’avant vivent dans leur monde en suivant les traditions transmises par leurs aïeuls. Sans noircir le tableau, la joute verbale bienveillante entre Marie-France Castarède et Samuel Dock aborde de manière décomplexée, accessible, parfois même drôle ces sujets. D’autant que notre jeune prodige ne connaît pas la langue de bois.

Le plaisir de cet essai c’est de recréer une passerelle entre deux générations par le biais du langage. Au départ était le Verbe… Oui par le langage, celui-là même que nous avons trop délaissé. Et le dialogue est captivant. Ces deux-là se sont bien trouvés. Il n’y a ni hasard ni coïncidence. Les mots sont simples, ce sont les mots que l’on emploie nous autres quidams. Jamais à aucun moment, Marie-France Castarède et Samuel Dock ne jouent aux psys avec un vocabulaire incompréhensible. Trop respectueux du lecteur, de l’individu curieux et en questionnement peut-être. Mais derrière ces mots accessibles se cachent tout de même une profondeur remarquable et des esprits aiguisés. Au fil des pages, on découvre les positions de l’une comme de l’autre autour de thèmes importants (du corps-mystère au corps-objet, le couple en question, la famille à inventer…), deux confrontations de deux idéalismes, deux visions du monde qui – même dans leurs différences – se complètent et prouvent que toutes les générations peuvent « vivre ensemble ».

Totalement fidèles à Margareth Meal, Marie-France Castarède et Samuel Dock nous démontrent – et c’est heureux -, que tout demeure possible.

Un livre nécessaire qui nous grandit. Et pointe supplémentaire, je trouve personnellement que tous deux sont de belles âmes.

Christophe Maris, Journaliste-Écrivain-Expert communication.

L’article original est disponible ici

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