L’ivre de lire : l’avis de Lionel Clément

Ce que dit l’éditeur sur Le nouveau choc des générations

A l’heure où la fracture séparant les âges n’a jamais semblé aussi profonde, les auteurs invitent le lecteur à un voyage unique entre deux voix, deux regards, deux époques, sur des thèmes fondamentaux tels que le corps, le couple, la famille, le temps, l’image… En 1971, l’anthropologue Margaret Mead publiait Le Fossé des générations. Elle y insistait sur la nécessité de rétablir le dialogue entre les générations passées et présentes.
Que reste-t-il, plus de quarante ans après, de son message ? C’est cette question essentielle qui a servi de point de départ à l’échange entre Marie-France Castarède et Samuel Dock. Les auteurs, appartenant à deux générations que tout sépare, croisent leurs regards sur leur époque, leur savoir théorique mais également leur vécu. Ils analysent les mécanismes sociaux, culturels et psychologiques d’un conflit intergénérationnel inédit et témoignent d’un bouleversement de l’intime annonçant « le changement profond, peut-être bien la déstabilisation d’une civilisation entière ».

L’avis de Lionel Clément sur Le nouveau choc des générations

Jamais la question des générations n’a été aussi présente et essentielle qu’aujourd’hui. Peut-être parce que nous vivons une époque dans laquelle l’idée même de « vivre ensemble », l’idéal d’une société qui accueillerait chacun avec ses différences, deviennent des idéaux semblant de moins en moins réalisables, des utopies qui, désormais, font sourire plus qu’elles ne mobilisent.

Pourtant, cette question des générations et de leur soi-disant « choc » est en soi une problématique contemporaine : la notion même de famille a aujourd’hui explosé, reléguant ce qui, autrefois, faisait que la différence des générations était une richesse, ce lien qu’on appelait « transmission », à une insignifiance qui, d’une certaine manière, nous mène à un non sens.

Dans les entreprises, Baby Boomers et Gen Y s’affrontent et ne se rencontrent plus, comme dans notre société où cette soi-disant Gen Y, que certains n’hésitent pas à parer de toutes les vertus, ne retrouve plus de continuité entre ses aspirations, et les valeurs véhiculées par ses ascendants. Une génération qui, en définitive, se révèle porteuse d’une angoisse profonde, se trouvant dans l’obligation de réinventer pour elle-même des valeurs lui permettant d’intégrer la notion de sens dans son existence… Pour les meilleur et pour le pire…

Au moment où les réseaux sociaux nous font croire que nous n’avons jamais été si proches de devenir des citoyens du monde, force est de constater que jamais nos clivages n’ont été si marquants, si douloureux.

Ce sont ces questions cruciales qu’abordent, dans Le nouveau choc des générations, Marie-France Castarède et Samuel Dock, essayant de recréer une passerelle entre leurs deux générations, par le biais de la discussion bienveillante. Car bien c’est là la force de cet essai : de s’affranchir d’une écriture qui aurait pu le rendre indigeste pour se dessiner dans la forme de la conversation. Une conversation qui se construit au fur et à mesure qu’elle se lit, avec des mots simples, nos mots du quotidien. Le nouveau choc des générations est de fait un des ouvrages les plus complets sur la question, et également un des plus accessibles.

Mais ne vous y trompez pas ! Sous cette apparente simplicité, le dialogue qui se noue entre Marie-France Castarède et Samuel Dock se révèle rapidement d’une profondeur et d’une fécondité absolument inspirantes. S’y dévoile, au fil des pages et des sujets de discussion (la technologie, la famille, etc…), la confrontation de deux idéalismes bien plus que de deux générations, de deux visions du monde qui, si elles s’avèrent radicalement différentes, ne se révèlent pas moins complémentaires et fécondes, dessinant, par delà le sensationnalisme du choc et à l’insu des deux protagonistes une troisième voie possible, une voie où le dialogue peut réellement s’instaurer et devenir fécond, créateur…

Dans la continuité de Margaret Mead, Marie-France Castarède et Samuel Dock nous montrent que tout est encore possible, et que même au plus profond de la rupture, de nouvelles passerelles restent à inventer.

L’article original est ici

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