«N’imaginez pas qu’il suffit d’enfiler une combinaison et un masque pour se défaire de son identité et en ériger une nouvelle. Faire coïncider la sensation et la pensée demande de la rigueur, transformer l’image en récit de s’abandonner dans jamais relâcher ses efforts. S’il y a un jeu dans les sexualités dissidentes, c’est bien celui de la discipline et du dessaisissement, de la croyance et de l’anéantissement de toute croyance, une succession de paradoxes constituent l’initiation au terme de laquelle artiice et vérité fusionnent.»
Vous connaissez peut-être Samuel Dock, docteur en psychopathologie clinique et psychanalyse, pour ses écrits autour de la thérapie, la santé mentale, les fossés intergénérationnels. Comme tout un chacun, vous ignoriez en revanche que dès le plus jeune âge, le petit Samuel était fasciné par les masques et les costumes qui enferment et obstruent, et que le grand Samuel lui a ensuite fait plus qu’honneur. Avec Latex, il plonge dans les entrailles de son propre fétichisme, remontant le cours de son enfance pour constater que tout était là depuis le début; mais surtout, il explore ses pratiques et ses obsessions avec la plus absolue des précisions.
C’est ciselé, clinique, rempli de textures et d’odeurs, de celles qui pourraient soulever le cœur si le narrateur ne détaillait pas aussi bien la fascination qu’elles font naître chez lui. Samuel Dock nous fait plonger dans sa propre sexualité, celle dans laquelle un centimètre carré de peau nue est un centimètre carré de trop; il nous invite dans les sous-sols les plus sombres, à la rencontre de pratiques singulières et hypnotiques; surtout il se met à nu, explorant le possible naufrage du couple au long cours qu’il forme avec Dorian, garçon (trop) gentil et (beaucoup) moins investi que lui dans cette sexualité atypique. On lit Latex en apnée, pris dans une tempête de désir et de spleen.
Merci à Thomas Messias. L’article original est ici