Le HuffPost : À la fin de « Game of Thrones », Daenerys sera-t-elle une « Reine Folle »?

Merci à Marine Le Breton. Article disponible ici.

GAME OF THRONES – Depuis son mariage avec Khal Drogo, la naissance de ses trois dragons, la mort de son frère, Daenerys est devenue, dans “Game of Thrones”, “Briseuse de chaînes” et, principalement, la plus sérieuse prétendante au Trône de fer.

Mais depuis le début de la saison 8, tout ce pour quoi elle s’est battue semble s’effondrer comme un château de cartes. L’épisode 4, tout particulièrement, a été éprouvant pour la Mère des dragons, à tel point qu’on se demande si elle va tenir le coup et si oui, comment.

Alors, c’est parti

La fin de l’épisode 4 se solde par l’assassinat de Missandei ordonné par Cersei, sous les yeux de Daenerys, Tyrion et Vert-Gris, entre autres. Quelques instants plus tôt et de manière impromptue, la prétendante au trône a assisté à l’effondrement de l’un de ses deux derniers dragons, laminé par les flèches géantes de la flotte d’Euron Greyjoy. Dans le même épisode, Daenerys a dû dire adieu à son plus fidèle soutien, Jorah, mort pendant la grande bataille contre les Marcheurs Blancs en la défendant.

“Ne devenez pas ce que vous avez toujours combattu”

Le père de Daenerys était surnommé le “roi fou”. À la fin de cet épisode, il semble légitime de se demander si la fille va ressembler au père. Si Daenerys va elle aussi devenir “folle” et tout raser sur son passage, à commencer par Port-Réal. Ses conseillers, Tyrion et Varys, s’inquiètent d’ailleurs à plusieurs reprises de son ”état d’esprit”. “Je vous en supplie. Ne devenez pas ce que vous avez toujours combattu”, lui implore le second.

Plusieurs indices de ce changement radical de personnalité avaient déjà été distillés tout au long des dernières saisons, par exemple lorsqu’elle a ordonné la mort du frère et du père de Samwell Tarly. Mais cette fois-ci la crainte que celle qui se voulait comme la sauveuse de Westeros devienne le pire tyran de son histoire se concrétise. Que ce soit à travers son regard rempli de haine après la mort de Missandei ou lorsqu’elle supplie Jon Snow de ne jamais avouer à personne qui il est réellement.

“Danaerys a vécu de nombreux traumatismes en peu de temps: la perte de la plus large partie de ses forces militaires (acquises par la souffrance), de deux de ses dragons investis comme des enfants, l’exécution de sa seule véritable amie Missandei, la trahison du Nord, la révélation de l’impossibilité du lien avec Jon…”, liste Samuel Dock, psychologue clinicien et grand fan de la série, contacté par Le HuffPost. “Tout cela peut la conduire à décompenser si elle ne trouve pas rapidement des ressources pour faire face à sa détresse, autre que la psychose et le passage à l’acte”, s’inquiète-t-il.

Structure morbide latente

Mais peut-on soudainement, pour employer une expression familière, “disjoncter”? “Certains événements traumatisants peuvent conduire à une infraction pulsionnelle, à une sidération cognitive et à des états d’effondrement pouvant devenir chroniques”, explique le psychologue pour qui la réponse est donc positive. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, “il s’agit plus souvent d’une structure morbide qui se ‘révèle’ plus qu’elle n’est créée. GoT le montre bien quand Varys insiste sur la fragilité de Danaerys avant le retour à Port-Réal: sa difficulté à supporter qu’on la conteste, son humeur… On voit une personne qui mobilise de coûteuses ressources psychiques pour tenir”, estime-t-il.

On peut toutefois se demander, comme le souligne Time, si un sexisme latent ne se cache pas derrière ce changement de personnalité. Qu’il s’agisse de Daenerys ou de Cersei, toutes deux sont présentées comme des femmes assoiffées de pouvoir. Samuel Dock y voit d’ailleurs “une triste influence du patriarcat”, estimant que la série de HBO n’y échappe pas. “Il est fréquent de faire de la femme d’ambition une sorcière ou une folle dangereuse, dans la vie comme dans les œuvres de fiction”, ajoute-t-il.

Personnalité narcissique

Mais ce n’est probablement qu’une explication minime à la théorie de la “Mad Queen”. Même s’il est difficile d’établir un “diagnostic” de Daenerys, son comportement évoque à Samuel Dock une “personnalité narcissique”: “pour elle, c’est tout ou rien, jouir ou mourir, elle ne tient pas en compte l’altérité et se concentre uniquement sur son désir. Elle a cependant une sensibilité à vif contre laquelle elle n’a de cesse de se défendre. Elle a peu de remords, peu de culpabilité. On parle d’ailleurs souvent ‘d’embrasement’ chez ces personnes, ça lui va bien!”

Il ajoute que, depuis le début, Daenerys lutte pour obtenir sa place sur le trône. Ce faisant, elle ne se rend pas compte “qu’en réalité elle veut retrouver une histoire familiale qui lui fait défaut, une place dans une filiation. Elle ne pense pas, n’élabore pas autour des actes de son père.” C’est là pour lui l’un des enseignements de la psychanalyse en même temps que le potentiel destin de la Mère des Dragons: “c’est parce qu’elle ne se rend pas compte de la proximité avec son père qu’elle en rejoue la destinée.”

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