LCI : Pourquoi la mort d’une idole comme Luke Perry nous touche autant

Un article de Romain Le Vern disponible ici.

IMPACT – A l’annonce de la mort de l’acteur Luke Perry, les fans se sont remémorés avec émotion sur les réseaux sociaux leurs souvenirs des séries « Beverly Hills » et « Riverdale ». Mais pourquoi le deuil d’une célébrité que nous ne connaissons pas et dont nous avons seulement regardé de loin la carrière nous atteint-il aussi intimement ?

Peut-on être en deuil d’une star ? Oui, à lire les commentaires sur les réseaux sociaux depuis l’annonce lundi soir de la mort de Luke Perry : on n’y compte plus le nombre de réactions endeuillées (« Dylan, je t’aimerai toujours », « Ma jeunesse n’en finit plus de crever »…). Un phénomène récurrent à chaque annonce de mort de célébrité… Les gens ont beau ne jamais avoir rencontré le comédien Luke Perry, le chanteur de Talk Talk ou le leader du groupe Prodigy, pour citer des artistes récemment disparus, ils s’avouent en deuil de cette célébrité, de ce qu’elle incarnait dans une série ou une chanson et donc de l’émotion qu’elle a suscité en eux. Et certains deuils durent plus longtemps qu’un hashtag sur Twitter.

Aujourd’hui encore, on continue de pleurer certaines stars comme Lady Diana, Michael Jackson ou Prince. Comment cela est-il possible ? Dans leur étude de 2012 sur l’impact du décès de Michael Jackson sur ses fans, Marie-Pierre et Didier Courbet  parlaient des interactions para-sociales (IPS) amplifiées par les réseaux sociaux, à savoir « des relations socio-affectives parfois très intenses qui ne s’établissent que dans un sens » : « Plusieurs études ont montré, par exemple, que la plupart des personnes conçoivent les expériences médiatiques souvent quasiment de la même manière que les expériences ‘réelles’, relevaient ces professeurs universitaires en sciences de la communication. Même si elles savent que le monde montré par les médias est généralement très différent du monde de la vie réelle, elles jugent les gens du monde des médias (acteurs, sportifs, animateurs télé, chanteurs…) de la même manière que les personnes de leur entourage réel. Parfois, elles peuvent également avoir l’impression de partager une très grande intimité avec la célébrité médiatique et de bien la connaître. » En d’autres termes, on a l’impression de connaître une star comme Luke Perry et on s’approprie sa mort en exprimant notre peine.

Mourir un peu soi-même avec la star

Selon le psychologue Samuel Dock, joint par LCI, cette manière d’avouer sa tristesse sur les réseaux sociaux, en ramenant la mort d’une célébrité à une anecdote personnelle, se révèle l’expression d’une société très narcissique où « chaque image doit faire écho à un vécu personnel, ou plutôt permettre de sculpter un vécu personnel et une identité subjective » : « Il est possible qu’à travers cette mort, certaines personnes pleurent l’époque dont Luke Perry était un symbole. Certains s’effondrent aussi car Luke Perry était pour eux un support identificatoire puissant, un familier qu’ils retrouvaient après les cours. Freud disait que faire le deuil, c’est ‘tuer le mort’, ce qui signifie qu’il faut reprendre au disparu tout ce qu’on lui a confié, tout ce qu’on a projeté sur lui. Cela implique de reconnaître ce qui s’est joué dans cette identification. »

Ainsi, lorsque les stars que l’on pensait immortelles comme Johnny Hallyday, Elvis Presley ou Michael Jackson trépassent, la mort devient concrète. « C’est leur propre finitude qui se rappelle à ceux qui les pleurent », conclut le psychologue. En réalité, on pleure moins la star que celle ou celui que nous avons été. La mort d’une idole des jeunes signifie donc que quelque chose en nous s’est éteint aussi : « Quand la star meurt, on meurt un peu avec elle ». C’est triste comme la fin d’un été.

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