De la Bulgarie communiste au Paris des attentats

14681043_1119630714810465_440551161556145394_oL’article de l’est républicain sur Je me voyage est disponible ici 

 

LE PSYCHOLOGUE CLINICIEN ET ÉCRIVAIN SAMUEL DOCK SIGNE, CHEZ FAYARD, UN LIVRE D’ENTRETIEN AVEC JULIA KRISTEVA, INTELLECTUELLE DE RENOMMÉE MONDIALE.

LINGUISTE, PSYCHANALYSTE, ROMANCIÈRE, ELLE EST AUSSI L’ÉPOUSE DE PHILIPPE SOLLERS.

PAR ÉRIC DAVIATTE

Samuel Dock, psychologue clinicien et jeune écrivain originaire de Besançon, a rencontré Julia Kristeva dans une librairie où elle pré­ sentait un livre. « Ce qui m’a surpris, c’est qu’elle ne me quittait pas du regard », témoigne Samuel Dock. « Une sorte de connexion s’est tout de suite établie. Nous nous sommes revus et très vite, une grande connivence s’est installée. » Dès lors, pas étonnant que Julia Kristeva suggère le nom de Samuel Dock quand proposition lui est faite de publier ses mémoires. Pas question pour elle de rédiger son testament. La lauréate du prix Holbert (Norvège, 2004) espère apporter sa parole auprès des jeunes généra­ tions. Le livre prendra la forme d’un entretien.

« Je me voyage », le très joli titre de cet échange, est tout à la fois une biographie et une investigation psychique. « En parlant de son parcours, de son enfan­ ce, dans une Bulgarie communiste, à son statut de figure intellectuelle reconnue dans le monde entier, Julia Kristeva a su libérer certains affects qu’elle a exprimés. » Une expression libre et sans langue de bois. Si elle a siégé au conseil économique social et environ­nemental, si elle a présidé le prix du livre politique, si elle a côtoyé le pouvoir, Julia Kristeva avoue la déception que lui a inspirée la politique dès le début de son parcours. C’est pour cela qu’elle est entrée dans le domaine de la psychanalyse. « Elle aime ce qui est hors du monde, loin du tapage, hors espace. Julia Kristeva est une femme de l’intime. »

SON PARCOURS COMME BANNIÈRE, EN CAUTION

La politique l’a refroidie ; Julia Kristeva a pourtant conservé une conscience, notamment à travers son travail de linguiste. Dans les années 80, les sciences du langage avaient un projet pour la société. Qu’en est­il aujourd’hui dans ce monde d’hyper­connexion où le texte est sacrifié ? « C’est vrai que c’est difficile de faire exister les sciences du langage dans une société qui les renie. Mais Julia Kristeva a son point de vue, la pensée passe par la marge, les singularités s’expriment et ce sont elles qui font que le langage reste vivant, mili­tant. » Le langage vivant peut alors s’attaquer aux questions actuelles. Car Julia Kristeva a son mot à dire sur la société française, le Paris des attentats. Elle aborde sans détour ces maladies d’idéalités, le gangs­téro-­intégrisme lié à la fracture narcissique vécue par une certaine jeunesse.

Le discours est là. Irréfutable. Julia Kristeva a son parcours comme bannière, en caution. « Elle a grandi en Bulgarie, pétrifiée par le communisme. Elle est arrivée à Paris, de nouveau marginalisée. Elle a voyagé en Chine, vécu aux États­Unis…

De tous ces voyages, elle a appris à être méfiante. Constamment, elle a appris à rejeter toute notion de système, d’idéologie. C’est cette liberté qui lui a permis d’avoir cette place de témoin unique. Pour Julia Kriste­ va, la question n’est pas ‘’ être ou ne pas être ’’, mais ‘’ en être ou ne pas en être’’.»

/ « Je me voyage », de Julia Kristeva. Mémoires, entretiens avec Samuel Dock. 20 €. 316 pages. Éd. Fayard.

© MAXIMILIEN LEBAUDY

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