Valérie Debieux, La Galerie Littéraire

Une femme, Marie-France Castarède, Docteur en Lettres et Sciences Humaines, ancien Professeur de Psychopathologie à l’université de Franche-Comté (UFC) et Membre de la Société Psychanalytique de Paris. Un homme, Samuel Dock, psychologue clinicien, romancier et rédacteur d’une tribune au sein du Huffington Post.

La première est née en 1940 ; le second, en 1985. Leur passion commune, la psychologie. L’élément déclencheur de la rédaction d’un livre en commun, leur intérêt pour l’ouvrage de l’anthropologue américaine, Margaret Mead, «Le Fossé des générations» publié en 1969 avec, pour conséquence, leur volonté de répondre à la question : «que reste-t-il, après plus de quarante ans, de son message quand la fracture séparant les âges n’a jamais semblé si profonde ?». Leur situation personnelle, formation professionnelle et différence d’âge inclus, les place dans une situation particulièrement favorable pour s’acquitter de cet exercice.

Les titres des chapitres de l’ouvrage, eux-mêmes subdivisés en plusieurs sous-chapitres, s’articulent ainsi autour de cinq thèmes majeurs, au libellé évocateur, particulièrement présents et actuels sur le devant de la scène sociale : «Du corps-mystère au corps-objet», «La faim de l’image», «Tout, toujours plus vite», «Le couple en question» et «La famille à inventer». Adieu le professeur, adieu l’étudiant. Les sujets sont traités dans une approche égalitaire, respectueuse et riche en nuances, sous la forme d’un échange de vues entre deux professionnels de la psychologie ; il en sourd un texte magnifique, d’une grande densité où chacun à tour de rôle, à l’aune de son expérience, de ses connaissances ou de ses souvenirs, met en lumière sa propre vision des éléments de la société contemporaine, et ce, sous tous ses aspects aussi bien positifs que négatifs. Il ne s’agit pas de dénoncer mais d’énoncer et d’identifier, en termes aussi précis et simple que possible, les effets parfois pervers des nouvelles valeurs créées par la société de consommation et ses nouvelles technologies, lesquelles participent, à leur façon, à l’amplification des clivages intergénérationnels.

Le bref extrait reproduit ci-après n’est qu’une modeste illustration des propos qui précèdent : «Là où on simule la réalisation de tous les possibles, c’est le réel lui-même qui se transforme en utopie. Sur YouTube, chacun peut trouver une tribune où s’exprimer, devenir le super-héros, le comédien, le chanteur, le chroniqueur qu’il souhaite ; il y a moins besoin de l’«imaginer» que de le «réaliser». L’anonyme ne compte plus sur un hypothétique quart d’heure de gloire ; après tout son opinion ou son talent vaut bien celui d’un autre ; il préfère se rêver, s’imaginer star lui-même, faire de son image sa propre idole en dénichant un public sur mesure qui pourra l’acclamer à grands coups de commentaires aussi admiratifs qu’impersonnels. Et puis qui sait, un jour il sera peut-être repéré pour de bon et deviendra, à son tour, le héros. Pour de vrai. On ne veut pas s’identifier. On veut être».

Remarquable à plus d’un titre, fouillé, précis opérant des renvois à de multiples références en autant de portes à ouvrir, cet ouvrage incite le lecteur à une réflexion de fond et respire la maïeutique à la façon d’un Socrate moderne. A recommander pour tous ses bienfaits.

Valérie DEBIEUX

L’article original est disponible ici

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