Interview par Eric Darsan

Samuel Dock, Nilakantha

Contrairement à ce que pourraient laisser penser les personnages de son premier roman, L’Apocalypse de Jonathan, le lancement de celui-ci, ou encore le titre de son blog, Un garçon agressif, grâce auquel j’ai découvert son écriture remarquable voici plus de huit mois et que j’avais alors mis à l’honneur à l’occasion de mon premier Blog Day, Samuel est plutôt discret sur ce qu’il fait. D’ailleurs, jusqu’à une date récente, mis à part ces quelques textes, j’ignorais qu’il écrivait. Après avoir conversé maintes fois via le net et eu le privilège de recevoir l’Apocalypse en avant première, ce dont je tiens à le remercier une nouvelle fois, ainsi que les Editions Le Manuscrit, j’ai aujourd’hui la joie et l’honneur de vous présenter l’interview que Samuel Dock a très gentiment accepté de m’accorder.
Samuel Dock bonjour, et merci d’avoir bien voulu répondre à mes questions. Pour ceux qui vous découvrent à l’occasion de la sortie de votre premier roman, L’Apocalypse de Jonathan, comment vous présenteriez-vous et comment vous est venu le projet d’écrire ?
Bonjour Éric ! J’écris depuis que je suis enfant. Quand j’étais petit j’écrivais des sortes de contes de fées bizarroïdes, dans un certain sens je crois que je n’ai jamais arrêté…J’écris encore des contes de fées bizarroïdes. Je ne sais pas si je peux dire que j’ai eu le projet d’écrire parce que c’est venu d’un seul coup, sans que je m’y attende. Même si mon écriture peut être parfois très mentalisée, je pense que c’est une poussée très organique qui me conduit vers le texte, une sorte d’appel du corps, un mécanisme de survie irrépressible. Pour moi, le langage est à la fois un refuge et une ultime tentative d’adaptation.
Peut-on parler d’autobiographie, ou pour le moins d’autofiction ? Quelle est, au fond, la part de réalité dans votre récit et dans la description de vos personnages ? Et, sans trop en dire, quelle est la part du vécu et celle du clinicien dans les délires de Jonathan ?
Ce n’est ni une autobiographie, ni une autofiction. Même si quelques ponts peuvent être faits avec ma propre vie, sur la question de la psychologie par exemple, Jonathan demeure à des kilomètres de moi. Les gens sont souvent déçus lorsque je le révèle mais les personnages sont fictifs. Je crois que même lorsqu’on arrive à parfaitement décrire une personne réelle, d’une certaine manière, c’est une part de notre être que nous racontons, fut-ce de manière très détournée. Un auteur doit selon moi toujours se situer dans un double engagement, intellectuel et émotionnel. Je ne triche jamais et j’essaie de saisir au mieux, voire même d’éprouver le réel que j’affronte dans le texte. Mais ce réel n’est pas ma réalité, je ne raconte pas mes propres expériences, je ne m’inspire d’aucun souvenir. Les avis de Jonathan ne sont pas forcément les miens mais le personnage se fait l’étendard d’une critique social qui en revanche rejoint la mienne. Le vécu affectif terrible de ce personnage ne m’appartient pas non plus, mais il m’a servi de support de projection, de libération d’une souffrance qui est mienne.
Pour répondre à votre dernière question, je n’ai jamais abordé Jonathan comme un cas clinique mais il est vrai que j’essaie d’être clinicien dans mon approche, empathique, précis, sensible. Je ne me suis laissé influencer par aucune lecture psychologique ou psychiatrique. A la limite, sur cet aspect du récit je préférerais qu’on parle d’une influence de Lovecraft, de Lynch, de Bacon et Bosh, voire même de certaines musiques expérimentales puisque j’ai accordé à une très grande importance à la dimension auditive des « images » de Jonathan.Son univers est à la fois très archaïque, avec un aspect très régressif, anatomique…mais aussi très complexe, particulièrement sophistiqué avec une codification, des règles très strictes. Ce paysage interne, les visions de Jonathan fournissent des clés essentielles du récit et du mode de pensée de ce personnage…Parfois même plus que ses propres interprétations de ce qui lui arrive. Pour le reste ce sont mes névroses qui ont fait le travail !J’ai essayé de me perdre avec Jonathan, de devenir Jonathan le temps de la création pour pouvoir revenir de lui avec la réponse à cette question : à quoi rêvent les garçons qui font de la terre elle-même un mauvais rêve ?
Comment avez-vous travaillé en terme d’organisation ? Avez-vous commencé par concevoir un plan, par rassembler de la matière, ou bien vous êtes-vous lancé directement dans la rédaction du roman. Et, au regard de ces considérations, comment s’est déroulé votre travail de correction ?

Ce livre m’a hanté longtemps avant que je ne le rédige vraiment. Jonathan s’est pensé avant que je ne l’écrive. Je fonctionne toujours de façon cyclique, j’ingurgite le monde, je le ressens, je le construis bien avant de le libérer dans le papier. Je créé beaucoup de notes avant d’entreprendre la rédaction mais je ne les pose jamais par écrit. Je veux que mon écriture garde toujours sa dimension organique et irrépressible, un quantum d’affect qui va nourrir certaines métaphores, certaines tournures spécifiques qui ne peuvent êtres saisies que dans l’instant. Le travail de correction proprement dit a été massif. Je suis extrêmement obsessionnel, déteste qu’un adjectif apparaisse deux fois dans le récit et cherche toujours un mot qui soit non seulement juste mais qui aille plus loin que sa fonction de signifiant, qu’il constitue une tessiture à l’ensemble du texte, une voix, une musicalité du sens. Et je persiste à chercher ce terme tant que je n’ai pas la certitude totale que c’est le bon, comprendre le « plus qu’un mot ».
Plusieurs jours en têtes des vents d’ebook devant les têtes de gondoles que sont Murakami, Levy et autres Musso, des articles de journaux, le parrainage d’Eliette Abécassis, et bientôt une télévision : c’est beaucoup pour un premier roman. Comment tout cela s’est-il mis en place ?
J’ai eu beaucoup de chance qu’Éliette Abécassis lise mon roman, plus encore qu’elle l’apprécie et le porte avec une force, une conviction qui ne s’est jamais démentie. Elle a défendu ce roman avec une générosité incommensurable, à plus forte raison que nos influences littéraires, les thématiques que nous abordons ne sont pas les mêmes. Elle a vu par-delà le texte. Sur la promotion, le lancement du livre a été préparé longtemps avant sa sortie officielle. Certains blogueurs qui suivaient mon travail sur la toile ont pu lire le livre en avance et ont permis d’en parler bien avant qu’il n’existe pour de bon. Ce sont eux qui ont décidé du cœur de cette aventure.
Enfin avez-vous un ou des projets en cours et à venir et, s’il en est, où en êtes-vous et que pouvez-vous nous en dire ?
Oui ! L’Apocalypse de Jonathan est le premier volet d’un tryptique portant sur les tabous fondateurs. Le troisième est déjà rédigé. J’écris le deuxième. Je ne veux pas trop en dire mais je peux déjà annoncer que les personnes qui auront lu l’apocalypse de Jonathan risquent d’être très surprises !
Samuel, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Un dernier mot pour nos lecteurs et, pourquoi pas, à l’instar de Rilke ou de Baudelaire, un conseil aux jeunes littérateurs ?
Merci beaucoup de m’avoir donné la parole Eric ! Et merci à la communauté des blogueurs qui me soutiennent, merci à tous ceux qui portent mon travail, qui en parlent autour d’eux. Ce sont eux qui me donnent la force d’avancer, de me battre pour ce roman. Pour les jeunes littérateurs…Créez quand l’idée est là, n’attendez jamais. N’écoutez jamais que votre instinct. Il importe plus que n’importe quelle autre influence.
Propos recueillis par Eric Darsan
L’article original est ici
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